Élégante octogénaire, Ruth Goldman reçoit un homme à déjeuner. Mais ce moment n’a rien d’un rendez-vous galant. L’homme attablé avec Ruth est son fils, et ce déjeuner marque leur dernière journée ensemble dans la maison familiale. La maladie d’Alzheimer a déjà profondément altéré les repères de notre pétillante héroïne, rendant inévitable son départ vers un établissement médicalisé.
En à peine dix minutes, et à peine plus de mots, Sarah Friedland parvient à faire bouger les lignes. À feu doux aborde un sujet difficile, mais sans jamais céder au pathos. La réalisatrice choisit une approche sensorielle, quasi solaire. Cette chronique d’une maladie dégénérative devient le récit délicat d’une ultime métamorphose, accompagnée pas à pas. La réalisatrice sait de quoi elle parle : elle a elle-même accompagné sa grand-mère en maison spécialisée, l’a vue perdre l’usage de la parole, mais pas celui du contact, du toucher, de ces formes de langage silencieuses qui persistent. À feu doux porte cette mémoire intime. Rien ici n’est démonstratif : un regard, un geste peuvent suffire à dire l’essentiel.
D’après Utopia