On le sait, il est toujours délicat de se lancer dans son premier long métrage, en particulier lorsqu’on s’attaque à une thématique déjà essorée par le grand écran. De par son postulat de départ, L’Âme idéale s’inscrit clairement dans une imagerie de cinéma où il paraissait difficile de voir ce que le projet pourrait ajouter, de “L’Aventure de madame Muir” à “Ghost”, en passant par “Always” de Steven Spielberg. Car dès l’ouverture, on comprend que le film d’Alice Vial ne va pas jouer un faux suspense : Elsa a un don, elle voit et peut parler aux morts. On se doute alors que sa rencontre avec Oscar va aller sur le terrain du fantastique, supposition confirmée au bout de quelques minutes seulement. Dans cette oeuvre tendre et sensible, le but n’est pas de tenir le spectateur en haleine quant à la condition des protagonistes, mais d’esquisser une relation naissante au-delà des notions cartésiennes. Et à ce titre, le film est un bijou d’écriture, débordant d’une véracité jamais contradictoire avec son écrin.
Débutant comme une comédie romantique classique, le film part sur des directions beaucoup plus émouvantes et profondes, où le marivaudage est ici le rapprochement de deux solitudes, deux âmes isolées, persuadées de passer à côté de ce que devrait être leur existence. Sur un tempo parfaitement maîtrisé, le film déroule sa maestria comique grâce à la verve de son duo principal, avant de laisser l’émoi s’immiscer à l’écran, prendre le dessus et nous emporter dans un torrent déchirant de sentiments.
Si L’Âme idéale est autant une réussite, au-delà de ses qualités scénaristiques, c’est en grande partie grâce à l’alchimie saisissante entre ses deux comédiens. Magalie Lépine Blondeau, déjà repérée chez Monia Chokri (Simple comme Sylvain) éblouit la pellicule parvenant en un regard à raconter bien plus que tous les mots possibles. Quant à Jonathan Cohen, on ne l’a tout simplement jamais vu aussi bon. Car si on a l’habitude de son bagout, on ne pensait qu’il avait cette capacité à bouleverser sans artifice, sublimant des dialogues qui auraient pu vite sombrer dans la niaiserie. Toujours du bon côté, le film s’impose comme une belle surprise.
Pendant qu’on essuie nos larmes, on repense à la richesse et à la vitalité d’une oeuvre singulière, à ces vannes qui nous ont amusées, et on se dit que l’on vient d’assister à la naissance d’une cinéaste. Et il n’y a rien de plus galvanisant !
Abusdeciné