Touche-à-tout de génie du cinéma américain, aussi à l’aise en artisan de studio hollywoodien (Will Hunting) qu’en cinéaste indé au formalisme radical (Gerry), Gus Van Sant ne cesse, de film en film, de portraiturer les laissés-pour-compte et les exclus du rêve américain. Qu’ils soient de la middle class, travailleurs pauvres, sur les routes, prostitués, toxicos, hétéros, homos, jeunes, vieux – toutes et tous plus ou moins marginaux, plus ou moins déclassés, engagés dans une lutte inégale contre la société pour faire valoir un droit à exister. Depuis Prête à tout (1995, qui consacra définitivement Nicole Kidman), il se plaît à choisir ponctuellement ses (anti) héros et héroïnes dans la vie réelle – à s’essayer au biopic (Harvey Milk) ou à puiser son inspiration dans des faits divers (Elephant, Promised land). La Corde au cou, thriller haletant et minimaliste, adapté de la très véridique histoire de l’authentique Tony Kiritsis, fait partie de cette dernière catégorie. On comprend ce qui a intéressé le réalisateur dans cette histoire de prise d’otage, la première suivie en temps réel à la télévision. Réalisation d’un classicisme élégant, ambiance groovy à souhait, réalité et fiction entre-mêlées, le réalisateur nous régale d’une parfaite reconstitution des années 1970 qui colle parfaitement à son duo d’acteurs.
Utopia