Trentenaires, charmants, cultivés, solvables, intégrés, Emma et Charlie préparent leurs noces dans un élan de conformisme et de rationalité qui charpente l’existence des CSP+ de leur espèce. Tout roule jusqu’au moment très alcoolisé où la future mariée révèle devant témoins – dont l’élu de son coeur – qu’au cours de son adolescence, elle a failli succomber à l’envie de commettre une tuerie de masse dans son lycée. Il s’agit moins d’un simple fantasme mortifère à moitié avoué, que d’un plan mûri, articulé, dont l’exécution s’est évanouie dans le néant sous l’effet d’un mystérieux caprice du destin.
Avec un mélange de sadisme et de dérision qui n’est pas sans rappeler les petits traités de torture mentale d’Ari Aster (Midsommar, Eddington), ici coproducteur, The Drama entreprend d’infuser le doute dans l’esprit de Charlie. Le film ausculte, avec force ricanements, la réaction en chaîne qu’il déclenche : remise en cause des sentiments à l’égard de sa bien aimée, perte de confiance envers tout et tout le monde, altération progressive mais implacable de sa respectabilité. La réussite du film repose en grande partie sur la rigueur et la malice de la démonstration mais aussi sur la subtilité des acteurs.
L’Obs