En ce début des années 1970, ni les images violentesde la guerre du Vietnam, ni les discours réactionnaires du président Nixon, ni les mouvements féministes et pacifistes n’ont d’emprise sur lui. Menuisier charpentier au chômage, JB n’a pas non plus l’air pressé de retrouver un job. Sa vie est rythmée par le train-train quotidien de sa banlieue pavillonnaire et (en apparence) sans histoire de Framingham, dans le Massachusetts. Il y réside avec sa femme Terry, et leurs deux jeunes garçons. Fils d’un juge respecté de la ville et d’une mère protectrice, il est issu d’un milieu bourgeois envers lequel il affiche le même détachement. Pourtant, en y regardant de plus près, dans ses yeux à la tristesse résignée, qui se dérobent à toutes les réalités, semblent apparaître une faille mystérieuse, une part sombre, un univers secret prêt à surgir…
Un jour, en visite au musée de la ville avec sa petite famille, il dérobe une statue miniature, en la cachant dans un étui à lunettes qu’il glisse discrètement dans le sac de sa femme ! Galvanisé par la réussite de ce premier « coup », et alors que les finances du foyer sont au plus bas, JB élabore un plan plus ambitieux : voler quatre tableaux d’un peintre reconnu, Arthur Dove, pionnier du mouvement non-figuratif aux États -Unis, afin de les revendre. Pour cela, notre truand novice a tout manigancé dans sa tête, tout calculé. Le braquage aura lieu en plein jour et ne durera que huit minutes – tout juste une de plus que le récent cambriolage du Louvre ! Comme il est connu du personnel du musée, il ne fera que superviser l’opération, qui sera réalisée par trois bras cassés habitués aux petits larcins… qu’il rémunère avec de l’argent fraîchement emprunté à sa mère ! Mais le jour J, pour cause de fermeture d’école, il se retrouve malheureusement avec ses deux fils à garder… et tout part en cacahouète.
Parcouru tout du long par une bande son jazzy inspirée et percussive, le film impressionne par la force tranquille qui se dégage de chaque plan, reconstitution incroyablement expressive d’une Amérique périurbaine, dont la composition du cadre et de la lumière, influencée des grands photographes américains Stephen Shore et William Eggleston, est d’une maîtrise époustouflante. Saupoudrant de moments drôles et absurdes le parcours piteux de cet homme sans qualités, ni rebelle, ni héroïque, dépassé par son époque, Kelly Reichardt s’affranchit des codes de représentation du braqueur « type » qui a façonné nos imaginaires, et révèle sans pathos les failles existentielles d’un être étranger à la réalité qui l’entoure : celle des États-Unis d’Amérique.
D’après Utopia