Assiette indienne
Le 8.04 après la séance de 17h05
Dhal fait-maison et riz (8€, la portion)
Même si l’Inde a, depuis 1949, légiféré pour proscrire la discrimination des castes dites « inférieures » et des populations issues de l’immigration, le retour en force de l’extrême droite indienne fragilise aujourd’hui considérablement ces communautés.
Au quotidien, les familles comme celles de Chandan et Shoaib sont confrontées au racisme et il n’en faut pas beaucoup pour allumer la mèche de cette xénophobie qui consume tout espoir en un avenir meilleur. En silence, ces citoyens s’échinent aux tâches les plus ingrates, dans les champs ou dans les mines, quand ils ne rejoignent pas les immenses manufactures textiles, quittant leurs familles pour partir à des milliers de kilomètres
travailler dans des villes-usines déshumanisées. Beaucoup renoncent… mais pas Chandan et Shoaib, qui refusent de rêver petit et que rien ni personne ne pourra arrêter !
Car il existe une possible porte de sortie à cette fatalité sociale, un ticket d’entrée pour une autre existence : devenir gardien de la paix, autrement dit fonctionnaire. « Quand tu portes l’uniforme, personne ne fait attention à ta caste ou ta religion »
dit Chandan à Shoaib, alors qu’ils arrivent après une longue journée de marche dans une immense gare à ciel ouvert où déjà des centaines d’autres jeunes comme eux attendent un train sous un soleil de plomb.
Dans cette impressionnante scène d’ouverture, nos deux amis sont alors obligés de se frayer un chemin sur le quai noir de monde puis de jouer des coudes pour se jeter à bord d’un wagon les emmenant vers le lieu du concours.
Un an plus tard, toujours aucune nouvelle du concours… Les deux amis ne peuvent plus attendre. Tandis que Chandan, l’Intouchable, arrive à contourner l’administration pour s’inscrire à l’université, Shoaib tente de se faire embaucher comme vendeur de produits électroménagers en cachant sa confession. Lorsque les résultats de l’examen tombent enfin, ce n’est pas une délivrance qui les attend mais une nouvelle épreuve qui va mettre à mal les fondations même de leur amitié…
Dans le même temps, en ce début d’année 2020, au journal télé, on ne parle pas encore de pandémie mais plusieurs malades du COVID sont recensés sur le territoire indien et des rumeurs montent sur les possibles responsables de cette étrange virus. En période de crise, dans tous les pays de tous les continents, on cherche des boucs émissaires…
Porté par l’énergie de deux acteurs formidables, lumineux et complètement habités par leurs rôles, Une jeunesse indienne ne laisse jamais le misérabilisme plomber un récit qui nous tient en haleine de bout en bout. Du grand cinéma indien ! Utopia