Tentons de résumer : ce film de Pascal Bonitzer sur Victor Hugo (la commande initiale du producteur) n’est pas vraiment un film de Bonitzer et pas tout à fait un film sur Hugo. Car Pascal Bonitzer a repris au pied levé le tournage abandonné par Sophie Fillières avant son premier tour de manivelle, pour cause de décès prématuré. Car Sophie Fillières avait antérieurement largement interprété à sa sauce la commande. Quoi de plus ennuyeux en effet que d’entreprendre un énième film en costumes empesés, dialogué « à l’ancienne », ponctué de mille petites références formulées la bouche en cul-de-poule par des acteurs à postiches ? Fine mouche et pas encore mise au menu du crabe, la malicieuse scénariste-réalisatrice avait donc imaginé de raconter le père Hugo et sa poésie en faisant un pas de côté : à travers le portrait d’un comédien contemporain par exemple, chenu mais alerte, un peu cabot, populaire, qui ferait profession de dire sur scène des vers et de la prose devant un public lettré en pâmoison. Et qui, à ce portrait, ne reconnaîtrait pas instantanément l’inimitable Fabrice Luchini ? La bête de théâtre imaginée par Sophie Fillières ne s’appelle-t-elle d’ailleurs pas Robert Zucchini ? D’après Utopia